Économie : entretien avec le directeur exécutif de Unacois Yeesal

publié le 2020-07-16

Économie : entretien avec le directeur exécutif de Unacois Yeesal



Entretien économie avec Alla Dieng, Directeur Exécutif de l'UNACOIS YESSAL.

1. Comment appréciez-vous la situation économique du Sénégal dans la période post-Covid-19 ? 

Comme partout dans le monde, la situation économique est en déclin, à fortiori celle des pays en voie de développement comme le nôtre. L’économie du Sénégal est durement affectée et il nous faudra beaucoup de moyens, d’énergie et de courage pour rattraper une partie de ce qu’on a perdu. Il faut simplement noter que les impacts sont incommensurables. Il n’y a pas un seul secteur d’activité épargné. L’économie informelle qui constitue 95% de notre système, a subi, malheureusement, le plus grand préjudice. Etant d’abord essentiellement une économie de survie, ses acteurs continuent de souffrir. C’est une pandémie qui affecte, certes la vie (et la vie d’un être humain n’a pas de prix), mais les effets néfastes sur le commerce, la distribution ainsi que les prestations de services ne pourront jamais être évalués. Présentement, le bilan des décès ne cesse de s’aggraver au moment où certaines restrictions sont allégées. Mais quoi qu’il advienne, nous sommes plus bien lotis par rapport à beaucoup d’autres pays africains.

Il y’a lieu de savoir aussi qu’avec le PRES (Programme de Résiliation Economique et Sociale), l’Etat a pris de fortes mesures en matière d’accompagnement. Elles sont  indispensables. En dehors des allègements fiscaux, ce sont les apurements des dettes vis-à-vis de ses fournisseurs et ensuite la mise en place d’une ligne de crédit de 200 milliards pour le compte de l’ensemble des acteurs du secteur privé. Les autorités ont fait preuve de responsabilité et n’ont pas du tout sous-estimé l’ampleur des dégâts qui sont, répétons-le, inestimables. Maintenant, il restera la mise en exécution stricte de ces décisions pour la relance de notre économie.

 

2. Quel est l'apport de l'Unacois Yeessal dans le programme de la résilience économique du Sénégal  dans cette période post-crise ?

D’abord, très tôt, Madame le Ministre du Commerce nous avait conviés à une rencontre en fin février pour voir la disponibilité de denrées par rapport à la consommation avec l’approche du ramadan et ça, c’était bien avant le 02 mars 2020 où on a noté l’entrée du virus au Sénégal.

Depuis lors, nous avons mené divers actions dont :

• Le lancement d’une campagne de sensibilisation de nos membres par une conférence de presse tenue le 19 mars 2020,

• L’ordre a été donné à nos membres de l’intérieur du pays à respecter les décisions concernant les « loumas » ou marchés hebdomadaires,

• La recommandation concernant le respect des gestes barrières dans les lieux de commerce,

• La participation à une forte coalition «Fagaru Mo Gen Fajju/Préventif vaut plus que curatif» comprenant syndicats de santé, travailleurs de collectivités locales, jeunes, organisations d’émigrés, parents d’élèves….,

• Participation à hauteur de dix (10) millions à la Force covid 19 lors d’un téléthon,

• Participations individuelles de certains membres (effets d’annonce par la télé) à ce même téléthon,

• Participations en différents dons de nos responsables au niveau des départements et régions du Sénégal,

• Distributions de masques dans certains marchés comme à Saint Louis, Ziguinchor, Kermel, Kounguel…,

Jusqu’au moment où je vous parle, la campagne de communication ne s’est pas encore arrêtée, malgré le bilan quotidien de la pandémie. J’ignore si le pic a été atteint ou pas, mais nous pensons que cela ne doit aucunement arrêter les activités économiques et commerciales. L’économie et la santé vont de pair.

3. Quels sont les enjeux de la nouvelle monnaie ÉCO pour les pays de l'Afrique de l'Ouest ? 

Des enjeux extraordinaires qui se dessinent évidemment. En dehors des malentendus notés entre pays de l’UEMOA et autres pays de la CEDEAO, la circulation de l’éco constitue une perspective heureuse. Beaucoup d’africains se sont battus pour la sortie du FCFA des griffes des français. Tout n’est pas encore fait, mais deux avancées sérieuses peuvent être notées en attendant d’autres qui pourront être arrachées. D’abord le rapatriement de nos réserves du trésor français, environ 50%, vers la sous-région et surtout, le départ des ex-colonisateurs des centres de décision, notamment du Conseil d’administration de la BECEAO et de l’UMOA. Ils seront remplacés par des experts ou banquiers africains que nous aurons à choisir.

Après les indépendances politiques, il nous faut une indépendance économique et financière. Souhaitons qu’avec cette éco, il y aura de nouveaux comportements de nos dirigeants en matière de gestion et de gouvernance. Sinon, ce sera la catastrophe. Cela doit être le combat permanent de la jeunesse et de la société civile africaine. Une nouvelle conscience doit voir le jour.

4. Quelle lecture faites-vous des perspectives d’exploitation  du pétrole et du gaz au Sénégal ? 

La perspective immédiate, si ce n’était l’apparition de cette covid 19, c’était 2022 pour le premier baril de pétrole et le premier m3 de gaz. Il est évident que toute la programmation est bouleversée. L’UNACOIS YEESSAL était conviée au dialogue national sur le sujet et la rencontre sur le contenu local. Nous avons notre mot à dire. Les commerçants ne sont pas des experts en la matière, mais en tant qu’acteurs du secteur privé, rien ne leur empêche de créer des sociétés ou compagnies et les confier à des ingénieurs spécialisés. Si nous ne le faisons pas, ce seront des ressortissants d’autres nationalités qui le feront à notre place. La nouvelle constitution issue du dernier référendum confère à tous les citoyens sénégalais la pleine possession de toutes les ressources naturelles du pays.

L’exploitation de ces énergies et ressources du reste inestimables, constituera une bouffée d’oxygène par rapport au développement endogène de notre pays. 

5-Un message à lancer ?

Le message est très simple. La covid 19 doit être source d’initiatives à exploiter dans les meilleurs délais. Nous devons avoir le courage de faire un diagnostic sans complaisance de la situation économique du pays. Le Sénégal importe trop ! Il nous faut un autre modèle et une nouvelle approche du développement. Nous dépendons encore trop de l’extérieur. Doit-on continuer à nous livrer pieds et poings liés aux forces économiques en dehors de nos frontières ? Nous disposons de ressources humaines qualifiées pour faire émerger notre pays avec des investissements adéquats et rentables. Nous avons beaucoup de matières premières encore inexploitées ou sous-exploitées, et cela constituent des pertes énormes.

En tout cas, pour ce qui concerne l’UNACOIS YEESSAL, nous plaidons pour une option ferme d’industrialisation accompagnée de moyens suffisants, de structures d’appui efficientes et de débouchées avantageuses. N’oublions pas aussi que l’artisanat, en partie, peut être le substrat de notre industrie. Les femmes qui s’activent dans la transformation de produits agricoles et halieutiques locaux constituent aussi un vivier extraordinaire qui mérite d’être soutenu. Pour ce qui concerne les produits agricoles, maraichers et fruitiers, il nous reste à relever les défis de la conservation, de la transformation et de la distribution. En un mot et pour ne pas me répéter, il nous faut une nouvelle politique industrielle adaptée aux nouveaux enjeux tels la Zleca et la future monnaie commune.

Enfin, l’économie numérique et le e-commerce ne sont plus à négliger, puisqu’ils se imposés  d’eux-mêmes !




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