Alioune Sarr, Ministre du Tourisme et des Transports Aériens : " Air Sénégal est un des trois (03) piliers que constituent le Hub Aérien du PSE".

publié le 2020-06-20

Alioune Sarr, Ministre du Tourisme et des Transports Aériens : " Air Sénégal est un des trois (03) piliers que constituent le Hub Aérien du PSE".



Entretien avec son Excellence le Ministre Alioune Sarr

1- Dans le contexte de cette pandémie causée par la maladie du Covid-19, des mesures d’urgence ont été prises par les États. Parmi ces mesures l’on note la fermeture des frontières, notamment celles du Sénégal. Quel sera l’impact de cette décision sur l’économie touristique Sénégalaise?

En effet, cette pandémie a frappé de plein fouet tous les pays les poussant ainsi à prendre des mesures de sauvegarde notamment, en fermant leurs frontières au trafic aérien, maritime et routier.  

Face à cette situation inédite, le département dont je suis responsable a jugé nécessaire d’anticiper très tôt par des mesures hardies pour freiner la propagation de cette pandémie dans notre pays afin de préserver la santé et le bien-être des populations. 

C’est ainsi que le Ministère du Tourisme et des Transports Aériens, s’appuyant sur les recommandations des professionnels de la santé et de l’OMS et en vue de rompre la chaine de transmission du COVID-19, a pris la décision de fermer totalement ses frontières aériennes. Il a été conforté dans cette décision par les avis d’experts sur le risque que nos aéroports encourent, qui, faute d’être fermés,  peuvent devenir un espace de contamination  et pourrait même, à terme, faire de notre pays l’épicentre de la pandémie du coronavirus. En application de cette décision, tous les vols commerciaux de passagers, y compris ceux d’Air Sénégal, ont été suspendus. 

Comme vous le savez, le tourisme est l’une des premières industries au monde, donc un  coup d’arrêt de ce genre va forcément avoir un impact négatif sur toute la chaine de valeur, tant au niveau national qu’international.

Le tourisme et les transports aériens dont j’ai la charge contribuent pour beaucoup au Produit Intérieur Brut (PIB) national. Ceci pour vous donner une idée des conséquences énormes engendrées par la fermeture des frontières terrestre et aérienne.

Il est certain que la fermeture des établissements d’hébergement, des agences de voyages et des aéroports impactera négativement toutes les prévisions et les indicateurs macroéconomiques nationaux. Cela se traduira fatalement par:

- des pertes de recettes, notamment de taxes, de redevances et d’impôts à collecter;

- une baisse de la production du secteur, et donc de sa contribution au PIB;

- un déficit de la balance commerciale avec ses incidences sur l’équilibre de la balance des paiements;

- une perte des emplois créés d’où une faible cotisation à l’IPRES et à la sécurité sociale des travailleurs;

- une baisse des investissements publics comme privés.

L’analyse de l’impact du COVID-19 réalisée par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) montre qu’au cours des trois premiers mois suivant le choc, le secteur du tourisme va enregistrer des pertes de 119,7milliards de FCFA de Chiffres d’Affaires. Une  autre analyse de ces pertes par chaines de valeurs renseigne que les activités d’hébergement enregistreront une perte de 79,2 milliards en Chiffres d’Affaires; la restauration hors hôtels 34,1 milliards de FCFA ; le transport routier 4,8 milliards de FCFA ; les services sportifs, culturels et autres services récréatifs 5,2 milliards de FCFA et les autres biens et services caractéristiques du tourisme propre au pays 2,3 milliards de FCFA.

2- Comme tant d’autres secteurs affectés,  la pandémie a inévitablement paralysé le tourisme Sénégalais. A cet effet, l'Etat travaille-t-il sur des stratégies de relance afin de booster ce secteur dans la période d’après crise ?

Ce qu’il faut dire, c’est qu’il agit d’une crise tout à fait nouvelle par sa nature et son ampleur, mais surtout par sa vitesse d’expansion, et pour laquelle on n’a pas encore trouvé de remède.   Le COVID-19 n'est en rien comparable aux crises précédentes que le tourisme a connues. Il n'a épargné aucun pays, et  notamment, les grands pays émetteurs comme la Chine, les USA, la France, l’Italie, l’Espagne, etc.

Avant la relance, il y a déjà la contingence pour limiter la propagation. De ce point de vue, en nous fondant sur ses expériences précédentes de gestion de crises, notre département a très vite mis en place un dispositif permettant d’observer et de faire observer les règles sanitaires qui existent déjà, et que nous avons renforcés avec l’aide du ministère de la santé, au niveau de tous les établissements relevant de notre compétence: établissements hôteliers, restaurants, aéroports, etc.  

Un comité de gestion et de communication sectoriel a été mis en place, regroupant ainsi les professionnels de l’administration publique et le secteur privé du tourisme et des transports aériens.

A travers ce comité, nous avions tenu plusieurs rencontres avec le patronat du tourisme, le Conseil Sénégalais du Tourisme (CST), les syndicats et associations pour les soutenir en cette période de crise et évaluer ensemble les pertes avec une projection dans le temps d’une part, et d’autre part, élaborer un plan de résilience en perspective de la relance en application des mesures prises par le Président de la République, Son Excellence Macky Sall, dans le cadre de son plan de résilience sociale (PRES).

En effet, le Chef de l'Etat, dans  le souci de maintenir l'outil de production, a pris la décision de réquisitionner certains hôtels afin d’y héberger des personnes mises en quarantaine et, par la même occasion, permettre à ces hôteliers de maintenir leurs activités et leurs personnels. Moyennant quoi, il leur est proposé une prise en charge de ces pensionnaires à raison de 50 000 FCFA par personne et par nuitée. 

L’objectif économique est donc bien clair : préserver l’outil de production,  maintenir les emplois dans le secteur et atténuer les pertes. Mais, il faut également remarquer qu’on a réglé la question du cantonnement des potentiels cas de contact dans des lieux où ils pourront être isolés durant leurs phases de suivi médical.  Dans le cadre du PRES, il a été alloué :

- Un montant des deux cent (200) milliards de francs CFA sous forme de fonds de garantie pour des prêts à des taux bonifiés auprès des banques commerciales auprès desquelles les entreprises touristiques, hôtelières et de transports aériens sont éligibles 

- Une ligne de crédit de quinze (15) milliards de francs CFA affectée au Crédit hôtelier et touristique (CHT) ;

- Quarante-cinq (45) milliards de francs CFA pour soutenir le hub de la compagnie nationale Air Sénégal SA. En plus de cet appui financier, les entreprises vont bénéficier d’un différé de paiement des taxes et impôts.

Le montant attribué au transport aérien permettra de financer :

 Un apport en fonds propre de la compagnie pour le paiement des dettes avions et son fonctionnement ;

 Les investissements immédiats, notamment le Centre de Maintenance Aéronautique (MRO),  avec la mise en place de la société de projet dans le but de faire d’Air Sénégal SA une société de maintenance ;

 Le démarrage du projet de l’institut de formation aux métiers aéronautiques, surtout pour le personnel navigant de la compagnie ;

 La mise en place de la deuxième société d’assistance au sol en commençant par l’assistance domestique ;

 Le démarrage des travaux de l’aéroport de Cap-Skirring pour améliorer les dessertes d’Air Sénégal SA ;

 Les dettes RDIA d’Air Sénégal SA.

Pour le secteur du tourisme, il s’agira de satisfaire les nombreux besoins de financement du secteur, par un effet de levier et en partenariat avec la Délégation à l’Emploi Rapide des Jeunes et des Femmes (DER) et la Banque Nationale de Développement Economique (BNDE) de porter le montant alloué de quinze (15) milliards de francs CFA à quarante-six (46) milliards de francs CFA, suivant le mécanisme ci-après. 

- Pour les TPE (Très Petites Entreprises) et micro-entreprises, une ligne de crédit d’un montant global de cinq milliards (5.000.000.000) de FCFA, leur sera allouée dont : deux milliards (2.000.000.000) de FCFA du MTTA et trois milliards (3.000.000.000) de FCFA de la DER/FJ ;

- Pour répondre aux Besoins en Fonds de Roulement (BFR) des PME/GE (Petites et Moyennes Entreprises/Grandes Entreprises), une ligne de six milliards (6.000.000.000) de FCFA en crédit pour compte de tiers sera gérée par la BNDE en prêt direct à un taux d’intérêt de 3,5% TTC avec un différé de deux (2) ans et une maturité de huit (8) ans ;

- Egalement, ces PME/GE, pourront bénéficier d’une ligne complémentaire de trente-cinq milliards (35.000.000.000) de FCFA au niveau de la BNDE, qui s’engage à effectuer un effet de levier x5 sur les sept milliards (7.000.000.000) de FCFA restants et qui serviront de garantie partielle de prêts.  La BNDE, banque partenaire, s’engagera ainsi à octroyer des prêts adossés sur la garantie.

 Tout ce dispositif prépare, en effet, la nouvelle stratégie post COVID du secteur du tourisme & transports Aériens du Sénégal, en ligne droite avec le Plan Sénégal Emergent (PSE). 

 Le Plan Stratégique de Développement du Tourisme et des Transports Aériens 2020 – 2025 qui vient d’être adopté donne des orientations fortes et fixe le cap. 

Il s’agira de réduire la dépendance au tourisme balnéaire de masse. Ainsi, le Sénégal se donne les moyens de connaitre et comprendre les segments cibles de voyageurs qui ont choisi notre pays pour  leur proposer des offres, expériences et valeurs qui répondent à leurs besoins. La diversité de l’offre touristique disponible au Sénégal permet de satisfaire les attentes de chacun de ces segments cibles de voyageurs, qu’il s’agisse du premier segment prioritaire qu’est le tourisme d’Affaires et pour des motifs professionnels, du balnéaire,  des créatifs culturels, des éco-sociaux, du Visiting Friends and Relatives (VFR) ou  d’autres niches telles que l’ornithologie, la pêche et la chasse.

Au final, la nouvelle stratégie va mieux aligner le secteur du tourisme et des transports aériens au Plan Sénégal Emergent. Cette stratégie est entièrement en phase avec les projets phares du PSE (Service universel de l’énergie, zones touristiques intégrées, Dakar Campus régional de référence, Dakar Medical city, Business Park, développement du micro-tourisme, artisanat d’art, création de centres de développement artisanal, relance du hub aérien). Elle offre désormais une déclinaison opérationnelle claire de la vision et  de la stratégie globale du PSE dans un de ses secteurs moteurs. La déclinaison détaillée de la feuille de route à travers les 25 chantiers prioritaires permettra d’en assurer une exécution efficace et en  « fast-track ».

3- La compagnie aérienne nationale Air Sénégal, pourtant parmi les dernières venues, se positionne comme fer de lance du transport aérien en Afrique avec des appareils à la pointe de la technologie. Comment appréciez-vous ses performances ?

Comme vous l’avez relevé, la compagnie Air Sénégal n’a pas atteint ses deux (02) ans d’existence à la survenance du COVID 19. Les décisions prises par les Etats, dont le nôtre, pour lutter contre la Pandémie l’ont conduit à arrêter ses dessertes, à clouer au sol ses avions et à mettre au chômage technique une partie de son personnel. Du coup, son plan de développement a subi un coup d’arrêt.  Comme je l’ai dit, la pandémie n’a épargné aucune compagnie aérienne dans le monde. Pour sa part, Air Sénégal se prépare déjà à la reprise de ses activités car la concurrence sera deux fois plus rude pour gagner des parts de marché.

Nous pouvons rester confiants car nous savons que la création et la mise en exploitation de la compagnie ont été basées sur un Plan d’Affaire très solide. Air Sénégal est un des trois (03) piliers que constituent le Hub Aérien du PSE.

4-  À l’instar de l’école de pilote de ligne au Niger, peut-on s’attendre à l’instauration d’une école de référence au Sénégal ?

Le développement du hub aérien sous régional du PSE implique la fourniture de tous les services du transport aérien, et bien entendu, la maîtrise de toute la chaine des métiers de l’aéronautique civile.  C’est pourquoi, parmi les projets phares, figure la construction d’un institut de formation aux métiers de l’aéronautique à Aéroport Internationale Blaise Diagne (AIBD). Ce projet  fait partie des projets à lancer Post-Covid. Il est confié à la société Aibd.sa.

5- Un message à l’endroit de la jeunesse Sénégalaise qui vous suit ?

La période post-Covid-19 présentera des opportunités sans commune mesure avec ce qu’on a vécu jusqu’à présent. L’ingéniosité des jeunes sénégalais qu’on a découverte durant la crise montre que la production locale de notre pays dans les TIC, dans les universités ou le secteur informel, l’environnement, le commerce,…, sera le fer de l’innovation et du développement pour réinventer notre avenir. Pour une population à majorité composée de jeunes, que l’on a vus mobilisés comme jamais, notre pays a une chance unique de réaliser son développement. Il faut s’y préparer dès maintenant

Propos recueillis par Ismaila Badji




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